Maria Emilia Tijoux

Professeur de sociologie, traductrice
Cursus complet de sociologie à Paris, années'80

Maria Emilia Tijoux parle en jetant des regards scrutateurs tout autour d'elle, dans ce café de Providencia où elle nous a donné rendez-vous. Curiosité de sociologue ou femme pressée qui nous reçoit entre deux cours ? Un peu des deux sans doute : Comme tous les Chiliens, je cours partout, en multipliant les boulots, commente t-elle comme en apéritif de sa critique sévère à l'encontre de cette société néolibérale qui visiblement n'est pas sa tasse de thé.

Professeur dans plusieurs facultés chiliennes, elle participe à de nombreux travaux en tant que chercheur et travaille ponctuellement comme traductrice ou interprète pour l'Ambassade de France. Son maniement parfait de la langue est le résultat de 15 années passées en France. Elle n'y a pas seulement fait un doctorat de sociologie. Elle a travaillé, à Lille comme éducatrice spécialisée, elle a milité dans des syndicats et donné naissance à sa fille. Toutes choses qui, avec les nombreux allers-retours professionnels qu'elle effectue encore, lui font dire aujourd'hui qu'elle voudrait vieillir et mourir en France.

Je venais de terminer mes études de philo, lorsque j'ai été expulsé du Chili, en 1975, raconte-t-elle. Ce qui explique, selon elle, son envie toujours présente au long de ces 15 années, de revenir au pays. Ce qui fut fait dès le rétablissement de la démocratie, en 1990. Elle illustre ce retour houleux par l'accueil fait à sa fille, 13 ans à l'époque, au lycée français de Santiago : Fille de Chiliens exilés et pourtant française et boursière, elle était très mal vue dans cette reproduction miniature du classicisme chilien, beaucoup plus vif à l'époque, raconte t-elle.

Même si ce Chili bouleversé et ces Chiliens terrassés qu'elle retrouve en rentrant représentent alors une matière formidable pour une sociologue "de terrain", comme elle se définit, elle avoue regretter d'être revenu : C'est un pays très dur, écrasé par le marché. La gauche me déçoit, la corruption me dégoûte ! Pinochet a changé les mentalités. Aujourd'hui tout le monde baisse la tête et a peur. Imaginez le Transantiago en France, les gens auraient tout cassé au lieu de faire sagement les files d'attente. Même les uniformes, avant, cela n'existait pas au Chili, aujourd'hui, tous les employés en portent et trouvent cela même pratique, sans se poser de questions, remarque t-elle. 

Cependant, elle parle passionnément de ses projets dont certains liés à la coopération franco-chilienne, comme ce séminaire sur le développement durable, qui aura lieu en octobre.

Sophie Rouchon