Ana Vásquez

Chercheur honoraire au CNRS à Paris

Vient de publier au Chili, après l'Espagne : La Résiliancia invisible   (Ed Gedisa)

Ana Vásquez était professeur de psychologie de l'éducation à l'Université du Chili, quand le coup d'état l'a contrainte à partir avec son mari, au Mexique, d'abord, puis en France où elle avait effectué ses études de psychologie dans les années'60. Depuis 1974, elle y vit donc, un temps professeur à la faculté de Caen, puis chercheuse au CNRS (Unité de recherche en sociologie de l'éducation), avant d'en être chercheur honoraire.

Spécialisée dans l'approche ethnographique, elle a, notamment publié de nombreux travaux sur les processus de socialisation et de transculturation étudiés à travers l'intégration des enfants d'étrangers à l'école française.

Avec sa collègue Isabel Martínez, elles ont analysé pendant près de 20 ans, le comportement des enfants «différents» (sourds pour sa collègue, émigrés latino-américains pour elle). Dans les années'70, il y avait beaucoup de demande de soutien psychologique pour les enfants d'exilés . Les jeunes se confiaient plus facilement à moi, d'origine chilienne, qu'aux spécialistes français ., explique t-elle, de passage à Santiago pour y présenter son dernier ouvrage.

Le concierge, un rôle de premier plan

Quelles sont les personnes qui influent sur le développement des enfants d'immigrés, et comment les institutions les aident-t-elles à mieux s'intégrer ? Telles sont les questions auxquelles les deux chercheuses ont tenté de répondre dans cet ouvrage publié l'année dernière en Espagne, arrivé aujourd'hui au Chili mais pas encore en France ! Ces «tuteurs invisibles», qui aident à grandir, à s'intégrer, à littéralement «filer droit», comme l'on disait autrefois, sont les acteurs de cette fameuse «résilience», un terme emprunté à la physique qui désigne la capacité d'un matériau à retrouver sa forme initiale après un choc. Autrement dit, ce qui compte n'est pas tant «le choc», ici l'exil, que la possibilité de rencontrer une personne, un groupe, une institution qui permet de «retomber sur ses pattes» ; dans ce cas-là : s'intégrer à une culture, à un pays que l'on n'a pas choisi.

Ana Vásquez a suivi pendant plusieurs années des enfants scolarisés en région parisienne : J'ai longtemps suivi Manolo fils d'exilés politiques latino-américains, raconte t-elle. À l'adolescence, il a commencé à commettre des petits larcins. Mais heureusement ses oncles l'ont remis dans le droit chemin. Ils sont devenus ses tuteurs invisibles. Tout ne passe pas toujours par l'école, lieu pourtant où l'enfant est censé être formé aux règles de son nouvel environnement, explique-t-elle.

Du concierge aux dames de la cantine, ils sont nombreux, parfois là où on ne les attend pas, les personnes qui, souvent sans le savoir, jouent un rôle clef dans l'intégration d'un enfant.

Elle est aussi romancière avec six romans à son actif.

Un autre de ses essais vient de paraître en Espagne et au Chili  Amor y sexulalidad en las personas mayores. Trangresiones y secretos (Ed. Gedisa)

Sophie rouchon (www.lepetitjournal.com Santiago)